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Les médias gabonais à l’épreuve de la désinformation

Les médias gabonais à l’épreuve de la désinformation

Avec la prolifération des médias en ligne et la publication d’articles à un rythme effréné, la course vers le “clic” régule désormais le secteur de l’information en ligne et oblige les médias gabonais à plus de réactivité. La dématérialisation des salles de rédaction sur WhatsApp, accentuée par la Covid-19, a permis de créer un environnement de l’information indigeste favorisant la mise en avant des faits de sociétés non-vérifiées et aux conséquences graves. Cette maladie de la désinformation et son corollaire les Fake news, mettent à l’épreuve la pratique journalistique au Gabon.

Être le premier à publier, même sans vérifier

Le 4 janvier 2023, alors que l’équipe des panthères version cycliste est mise au vert à Calp (Espagne) avant la compétition internationale de la Tropicale Amissa Bongo, plusieurs médias en ligne relayent l’information selon laquelle le sélectionneur aurait démissionné en emportant avec lui une somme de 30 millions de F CFA. Une information totalement fausse et démentie grâce à un confrère du média Gabonreview. Cette information, loin d’être unique, a pourtant été diffusée par des médias disposant d’une certaine audience en ligne. C’est donc un fait : les fake news naissent (aussi) dans les rédactions gabonaises. Dans cette fabrique de l’information, plus ou moins aucun contact physique n’est de rigueur entre les journalistes et le rédacteur en chef. Les groupes de travail sur WhatsApp remplacent les salles de rédaction. Ils ont pris le relais et permettent de proposer des sujets “crédibles”, lorsque l’actualité n’est pas influencée par le buzz du jour sur les réseaux sociaux. Les règles sont claires : être le premier média à diffuser et laisser l’intertextualité ou la “reprise” aux médias en berne dans cette course. La place à la vérification des faits est de courte durée; elle se fait au bout des doigts sans lien avec le “terrain”. Résultat : l’information publiée est souvent incomplète, voire inexacte, le journaliste n’ayant pas eu le temps de prendre du recul et d’analyser les faits. Le web va vite, et c’est bon pour les annonceurs de générer des clics, nous n’écrivons plus pour être lu, mais pour répondre à des impératifs publicitaires et de positionnement. 

Des journalistes dépassés par la viralité de l’information

Scène de décapitation et tentative d’enlèvement, la vidéo de la jeune Laïka Makanga, 17 ans, a fait autant de buzz qu’un tube de l’été. Relayée sur Facebook à visage découvert, la jeune adolescente, dos à la caméra de Gabon 1ère, déclare avoir inventé les faits. C’est une victoire sur les Fake news pour les médias gabonais. Pourtant, cette prouesse n’aura été rendue possible que grâce à l’intervention des forces de l’ordre. Alors que la Haute autorité de la communication (HAC) annonce des mesures restrictives à l’endroit des médias diffusant des fake news, l’instance de régulation éprouve des difficultés à réguler la centaine de médias en ligne y compris le champ vague des réseaux sociaux devenu le territoire de la manipulation des faits. C’est dans cette ambiguïté que les influenceurs et blogueurs entrent en jeu. Ces acteurs sociaux, qui ont compris que les contenus des médias numériques gabonais et ceux des réseaux sociaux sont pratiquement identiques, mettent en mal des rédactions dans ces espaces où les sujets publiés demeurent sensiblement les mêmes. Les compétences manquent dans un secteur où la quasi-totalité des journalistes découvre l’écriture web, le référencement et la veille médiatique à l’ère des nouvelles technologies de l’information. Dans cet élan, quelques initiatives de fact-checking ont vu le jour au sein de certains médias. Pour le moment, elles se limitent à apporter des démentis pour tenter d’endiguer la prolifération d’une fausse information, le tout sans méthodologie et sans préciser les moyens qui ont permis de détecter et de traiter la fake news. 

Avec la multiplication des médias en ligne au Gabon, la question de la lutte contre la désinformation doit mobiliser tous les acteurs numériques. L’information publiée doit être fiable. Car si les médias en ligne gabonais peuvent aussi efficacement publier des fakes news, ils peuvent tout aussi efficacement limiter leur diffusion.

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