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La lettre ouverte de Benicien Bouschedy à Madame Laurence Ndong, Ministre de la Communication

Depuis les événements d’août 2023, l'écrivain, qui a choisi le silence et l’observation, a tenu à adresser un message à l'actuelle patronne de la communication.

La lettre ouverte de Benicien Bouschedy à Madame Laurence Ndong, Ministre de la Communication

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       Depuis les événements d’août 2023, je suis cette part de notre peuple qui a choisi le silence et l’observation sur l’évolution de la situation sociopolitique de notre pays, les engagements des autorités militaires, les projets et actions en cours et « tout ce qui ne me concerne pas directement ». Parce que mon père m’a appris que « lorsqu’on ignore la direction du vent, on ne joue pas avec la poudre du piment ». Voici que vous me forcez l’exercice.

            Je vous écris aujourd’hui en tant que ressortissant de Malinga, un coin « perdu » à l’arrière d’un pays dont vous ignorez absolument les réalités. Pour vous le formuler avec politesse, je suis profondément préoccupé par les déclarations trompeuses que vous avez faites à maintes reprises concernant des projets de développement fictifs dans les régions reculées du Gabon, en particulier à Malinga. Je n’analyse pas votre bilan et m’abstiens de tout commentaire sur votre « éthique » depuis votre nomination au gouvernement. J’ai trop d’admiration pour le respect que je vous dois. Mais, à entendre votre discours et à vous voir lors de la rencontre patriotique tenue le week-end dernier à Paris, je réalise avec Gorge Orwell que votre « langage politique est conçu pour donner aux mensonges des airs de vérité, rendre le meurtre respectable et faire passer pour solide ce qui n’est que du vent ».

            Madame la Ministre,

            Je peux comprendre votre platitude et votre adoration envers le Général-Président, ses grades ainsi que ses qualités. N’est-ce pas le plus niais des exercices que vous dénonciez hier aux courtisans du régime déchu de Monsieur Ali Bongo Ondimba ? J’ai toujours cru que ce sont les médiocres qui considèrent que les réalisations normales relèvent de l’exploit. J’ai du mal à saisir l’enjeu de vos affirmations répétées sur des réalisations inexistantes qui sèment la confusion et l’espoir injustifié parmi les populations de Malinga qui attendent désespérément des améliorations concrètes de leurs conditions de vie. En tant que responsable gouvernementale, – vous n’êtes plus activiste – il est impératif que vous fassiez preuve d’honnêteté et de transparence dans votre communication. Diffuser de fausses informations sur des projets de développement inexistants non seulement érode la confiance du public, mais entrave également les efforts réels visant à améliorer la vie des Gabonais dans les zones rurales. Ne permettez pas à l’ivresse du pouvoir de vous attirer le mépris de ceux qui vous admiraient hier.

            Le cas de Malinga est particulièrement alarmant. Les habitants de cette localité ont exprimé à maintes reprises leur frustration face au manque d’infrastructures et de services essentiels. Vos déclarations sur des projets salvateurs à Malinga, qui se révèlent être fausses, ne font qu’aggraver leurs difficultés et alimentent un sentiment d’abandon et d’injustice de la part de ceux qui les gouvernent. Vous dites que c’est grâce au CTRI et depuis votre nomination au ministère de la communication que Malinga est connectée au reste du Gabon par la radio, internet et la télévision. Je vous réponds que le matériel envoyé à Malinga se trouve dans les locaux de la préfecture et n’a jamais été installé. Les incompétents qui vous entournent vous ont raconté des inepties.

            Accordez-moi le droit de vous informer qu’à Malinga, les gens se soignent dans des cases de soins de fortune au Congo faute d’équipements médicaux à la commune. Pour voyager, les populations empruntent des motos l’absence d’aménagement routier complexifie les déplacements. Tout le département de la Louétsi-Bibaka est pré-historisé par l’absence d’une véritable politique rurale. La précarité sociale, le manque d’eau et d’électricité, le chômage, et tous les maux que vous dénonciez hier durant la gouvernance d’Ali Bongo Ondimba asphyxient la terre de mes ancêtres. Au lieu d’inciter les plus hautes autorités à développer l’intérieur du pays, vous vous féliciter d’avoir installé la radio, internet et la télévision. Quelle absurde volonté d’action ! Malinga a internet depuis l’installation de Celtel devenu Zain puis Airtel. Au moment où je vous écris ce machin, les agents d’Airtel sont à Malinga pour l’entretien de leurs installations. Vous parlez de Malinga avec autant d’assurance et je vous dis : vous n’y avez jamais mis les pieds pour évaluer la souffrance des miens.

            Je vous exhorte, Madame la Ministre, à cesser la diffusion d’informations trompeuses sur des projets de développement fictifs. Crier sur les toits du monde en 2024, pour une radio ou une télévision dans une COMMUNE où les populations ne peuvent pas satisfaire leurs besoins primaires, est plus que ridicule. Ce n’est pas en répétant partout que c’est grâce au CTRI que Malinga et Makongonio ont la radio, internet et la télévision que vous aurez la longévité gouvernementale d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Malinga a des préoccupations plus importantes que ça. Votre responsabilité, en tant que Ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, est d’informer le public de manière véridique et objective, et non de propager de faux espoirs qui ne font qu’exacerber les souffrances des populations marginalisées depuis plus de cinquante ans. Ne soyez pas ambitieuse, incompétente et hâbleuse à la fois, ça ruine le sourire.

            Pour aider le Général-Président, soyez honnête et non dans les rangs des « perfides trompeurs » qui sèment le cancer de la mythomanie sur des choses simples. Lors de sa prise de pouvoir, l’homme promettait de faire rembourser ou de foutre en prison tous les responsables d’entreprises ayant reçu de l’argent pour des projets inachevés ou détournés. Qu’en est-il de la route de Malinga, du barrage hydroélectrique sur Bibaka, de la finition des travaux du trésor public ou encore du centre hospitalier de la Commune ? Voici le type d’informations sur lesquelles vos agents ou conseillers doivent vous renseigner au lieu de raconter des fadaises au piment.

            En cette période exceptionnelle de notre histoire commune, je refuse de participer au jeu de la critique nuisible. Vous le disiez hier au pouvoir déchu, alors je vous le reformule avec sincérité : le peuple gabonais mérite des dirigeants honnêtes et transparents qui s’engagent à travailler pour le bien-être de tous les citoyens, y compris ceux des régions les plus reculées du pays. J’espère que vous prendrez mes propos au sérieux et que vous adopterez une approche plus responsable et éthique dans votre communication future. N’y voyez rien de personnel. Je parle à la ministre et non à la grande-sœur. Jérémie 23.

            Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération.

           Benicien Bouschedy, fils de Malinga

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